Histoire de la peinture africaine

Des origines à la période pré-coloniale

Une genèse controversée mais légitimée par des preuves vivantes

La question de l’existence d’une peinture africaine digne de ce nom est une des dimensions les plus polémiques du débat africaniste. Il n’est point question ici d’épiloguer sur les autres variantes de cette controverse. Le centre d’intérêt de ce travail sera focalisé sur la démonstration, preuves à l’appui, que l’art pictural africain est bel et bien une réalité, en dépit de toutes les attaques qu’une telle affirmation ne manquera pas de susciter ça et là.

En général quand il s’agit de parler de peinture en Afrique, le sentiment général se laisse vite abuser par les mirages occidentalistes présentées comme des certificats complaisamment décernés aux africains comme marque de générosité de la part de ce que l’on considère comme des ‘’centrales artistiques’’. Force nous est cependant de nous rendre à l’évidence aujourd’hui : sans nécessairement nous aligner derrière le point de vue de Cheick Anta DIOP qui pense que « l’Afrique est le berceau de l’art », on peut valablement dire que le réservoir de la peinture africaine regorge de nombreux éléments persuasifs qui permettent de faire la lumière sur cet aspect fondamental de la culture africaine. Les travaux en la matière ne laissent plus planer l’ombre d’un doute : la genèse de la peinture en Afrique est suffisamment révélatrice d’un foisonnement de styles, de formes et de démarches qui renvoient à une vision du monde spécifique. Toute la question est désormais de s’inspirer de ce limon pour éclairer le débat sur la consistance de cette donnée.


Origines et émergences

Notre conception de l’art comme une entité gratuite liée à un sentiment esthétique ou répondant à une pulsion émotionnelle est relativement récente. On peut tout au plus situer ses origines dans l’Egypte antique, ce qui n’exclut pas une antériorité de la prise de conscience du beau. Dans ces conditions, parler de témoignages ‘’ artistiques ‘’ à propos de dessins, de gravures et de peintures de la préhistoire constitue une extrapolation, même si l’on y décèle la marque d’une volonté esthétique dans l’acception moderne du terme. Ce que nous appelons donc « l’art pictural préhistorique africain », recouvre des réalités extrêmement variées dans le temps et dans l’espace. C’est pourquoi nous limiterons ici notre étude à l’Egypte antique et à la période paléolithique en prenant soin de ne pas négliger les apports et les contributions provenant des régions intégrées comme l’Afrique au sud du Sahara par exemple.

Si nous voulons démontrer avec précisions le socle historique de l’éclosion d’une peinture en Afrique et particulièrement dans l’espace géographique que nous nous sommes assignés, il faut d’abord noter qu’en Egypte, le dessin est à la base de toute notion de silhouette évoquée en deux dimensions, qu’elle soit peinte ou simplement gravée. En effet, tout bas-relief impliquait un contour préalablement tracé à l’envers comme le résume si bien Christiane Desroches – Noblecourt : « A partir du moment où l’habitant des bords du Nil se mit à mâchonner le bout d’un roseau pour en faire un pinceau qui pût tracer sur le flanc d’un vase, l’image de la forme qu’il voulait représenter, on peut dire que le dessin était né… »

Chronologiquement les premières silhouettes peintes connues datent de la fin du néolithique. Il s’agit d’un décor dit ‘’badarien’’ ou ‘’nagadien’’ (en fonction de la localité où on les découvrit ) appliqué sur des vases de terre cuite destinés à contenir des offrandes d’aliments et déposés dans les tombes. Le cadre de ces représentations est toujours le Nil, sur les flots généreux duquel flottent des embarcations et dont les berges sont peuplées de chasseurs, de pêcheurs et d’animaux. Ces dessins, antérieurs au IIIe millénaire avant notre ère, se retrouvent également sur des fragments de toile de lin trouvés dans la nécropole de Gebelein et conservés au musée de Turin (Italie). Ainsi dès le début de l’histoire de l’Egypte, l’artiste était capable de représenter dans des profils aussi audacieux qu’ingénus, toute une foule d’êtres humains et d’animaux ainsi que nombre d’objets( cf photo n°1).

 

 

Cependant, il n’était pas libre, il devait se plier à une série de conventions régies par la religion. Ce n’est seulement qu’à la période de la révolution culturelle et religieuse d’Akhenation (vers 1300 avant J.C) que les artistes transgresseront et même enfreindront ces règles. C’est le lieu de souligner qu’en Egypte de cette époque, « l’art pour l’art » n’existe pas. Seules la couleur et la forme servent à perpétuer l’objet pour que l’action puisse s’accomplir et l’intention atteindre son but.

Les vestiges provenant des palais d’Aménophis III sont également significatives pour synthétiser la variété d’un travail certes rudimentaire mais d’une extrême délicatesse.

L’art pariétal du sahara est postérieur à celui du levant (6000 à 2000 avant J.C.) et s’inscrit dans le néolithique ( cf photo n°2).

La peinture sous une forme ou une autre peut se retrouver à travers des zones de la région sub-saharienne. En dehors des peintures et des fresques sur les roches ainsi que plusieurs traditions de peintures corporelles, il existe des représentations et des décorations de bâtiments dans diverses sphères. Les plus notables sont les représentations sur les gourdes, les calebasses dans les régions du fulani (Niger, Guinée) et au Kenya parmi les Kamba.

 

A suivre ... (Tableau synoptique de l’état de la peinture pré-coloniale)